Fanny Hensel – Septembre

Wilhelm Hensel, portrait de Fanny Hensel, 1847 (Berlin, Mendelssohn Archiv, BA 44) Wilhelm Hensel, portrait de Fanny Hensel, 1847 (Berlin, Mendelssohn Archiv, BA 44)

En 1841, Fanny Hensel (1805–1847) a écrit Das Jahr (L’année), un grand cycle pour piano comprenant un mouvement pour chaque mois de l’année. Elle a publié « Septembre » en 1846 dans son Op. 2, mais Das Jahr a été publié en entier pour la première fois en 1989. Plus tard, un magnifique manuscrit autographe remanié a été trouvé, dans lequel chaque mouvement est copié sur du papier d’une couleur différente, accompagné d’une illustration dessiné par le mari de la compositrice, Wilhelm, et précédé d’un épigramme poétique. Voici la première page de « Septembre » :

September

Pour Marion Wilson Kimber, une considération de la musique, de la poésie et des illustrations dans leur ensemble laisse penser que l’œuvre représente non seulement le cycle de l’année, mais aussi les étapes de la vie d’un individu.1

L’épigramme pour « Septembre » vient du poème An den Mond (À la lune) de Goethe :

Fließe, fließe, lieber Fluß
Nimmer werd’ ich froh.

Traduction :

Coule, coule, chère rivière
Jamais je ne serai heureux.

Il y a des interprétations innombrables du poème. Pour Tobias Klein :

Le repli dans la nature et surtout dans la solitude de la nuit est présenté comme une consolation face aux déceptions et aux frustrations que l’individu rencontre dans la société. … La rivière apparaît dans ce contexte comme un symbole de changement et d’évanescence, mais aussi d’ambivalence, car elle peut être à la fois destructrice … et revigorante …2

La pièce présente « une application astucieuse de l’effet à trois mains », « dans laquelle une mélodie jouée par les pouces dans le registre moyen du piano est entourée de notes plus graves et plus aigües jouées par les autres doigts, pour créer l’illusion de trois mains au clavier ».3 L’harpiste Elias Parish-Alvars (1808–1849) a inventé cette technique, le pianiste Sigismund Thalberg (1812–1871) l’a transférée au piano4 et elle s’est répandue dans les années 1830. Dans « Septembre », la voix supérieure semble évoquer le courant de la rivière.

Le développement harmonique ingénieux du mouvement5 est un exemple de l’anticipation chez Hensel de l’avant-garde de la seconde moitié du XIXe siècle.6


  1. Marian Wilson Kimber, Fanny Hensel’s Seasons of Life: Poetic Epigrams, Vignettes, and Meaning in Das Jahr. ↩︎

  2. Tobias Klein, Interpretation: An den Mond – Johann Wolfgang von Goethe. ↩︎

  3. R. Larry Todd, Fanny Hensel: The Other Mendelssohn, Oxford University Press (2010), 264, 233. ↩︎

  4. Alan Walker, Franz Liszt: The Virtuoso Years, 1811-1847, Cornell University Press (1987), 234. ↩︎

  5. Todd, 275–77. ↩︎

  6. Laurence Manning, Fanny Hensel, compositrice de l’avenir ? Anticipations du langage musical wagnérien dans l’oeuvre pour piano de la maturité de Hensel ↩︎

Benjamin Geer
Benjamin Geer
Développeur de logiciels